Le discours officiel israélien visant la présence palestinienne à Gaza et en Cisjordanie renforce les indices de déplacement forcé et de génocide

Gaza – Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme exprime sa profonde inquiétude face à l’escalade du discours officiel israélien concernant l’avenir de la présence palestinienne dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Le Centre avertit que ce discours dépasse désormais les déclarations politiques isolées pour s’inscrire dans une approche visant à réduire l’espace disponible pour la vie palestinienne, à priver la population des conditions nécessaires à sa survie et à rendre son maintien sur sa terre de plus en plus impossible, ouvrant ainsi la voie à son déplacement.

Dans une déclaration publiée ce lundi, le Centre souligne que les déclarations répétées du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, illustrent clairement cette orientation. Dans un entretien diffusé par la chaîne 14, Smotrich a présenté un projet pour Gaza prévoyant le maintien de la situation actuelle tout en renforçant la pression sur la population palestinienne, confinée dans les 30 % restants du territoire et privée de toute perspective d’avenir.

Smotrich a notamment affirmé que la solution consistait à « priver l’ennemi d’espoir et imposer la souveraineté », estimant que « la clé principale de l’émigration est de leur retirer l’espoir », et appelant à annexer le territoire « jusqu’à la ligne jaune ».

Le Centre rappelle que Smotrich avait déjà déclaré en mai 2025 que Gaza subirait une « destruction totale » et que sa population serait concentrée dans une zone étroite au sud avant de « perdre tout espoir » et de chercher à partir vers d’autres pays. Il a également déclaré par la suite qu’Israël imposerait sa souveraineté sur la Cisjordanie et qu’un État palestinien ne verrait pas le jour tant qu’il serait au pouvoir.

La gravité de ces déclarations tient toutefois autant à leur contenu qu’à leur convergence avec des politiques et mesures concrètes qui réduisent l’espace disponible pour la vie palestinienne à Gaza, renforcent le contrôle israélien sur de vastes parties du territoire et s’accompagnent de l’expansion des colonies et de l’imposition de faits accomplis en Cisjordanie.

Le Centre relève également les déclarations du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qui a affirmé le 27 septembre 2026 que, s’il devenait ministre de la Défense, il œuvrerait au retour dans la colonie de Nisanit, dans le nord de Gaza, puis dans « toute la bande de Gaza », tout en poursuivant la colonisation et en encourageant l’émigration. Ces déclarations ont été faites lors d’un événement politique à l’approche des élections israéliennes prévues le 27 octobre.

Le Centre souligne que les appels à rétablir les colonies israéliennes à Gaza ne peuvent être dissociés des appels au déplacement de la population palestinienne ou à son départ.

Le droit international humanitaire interdit le transfert de la population civile de la puissance occupante vers le territoire occupé ainsi que le transfert forcé ou la déportation des personnes protégées. L’occupation ne confère par ailleurs aucune souveraineté à la puissance occupante et l’annexion unilatérale d’un territoire occupé ne modifie pas son statut juridique.

Le Centre met en garde contre la combinaison de la destruction massive des logements et des infrastructures civiles, du confinement de la population dans des espaces de plus en plus réduits et de l’empêchement de la reconstruction, tandis que l’émigration est présentée comme l’unique issue. Une telle approche ne saurait être considérée comme un simple discours politique. Elle risque de transformer le déplacement temporaire provoqué par les opérations militaires en déplacement permanent et de porter atteinte au droit des Palestiniens de rester sur leur terre ainsi qu’à leur droit à l’autodétermination.

La persistance de ce discours au plus haut niveau politique revêt une importance juridique particulière au regard des mesures conservatoires ordonnées par la Cour internationale de Justice dans l’affaire Afrique du Sud c. Israël. La Cour a notamment ordonné à Israël de prendre toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir les actes relevant de l’article II de la Convention sur le génocide, notamment le meurtre, les atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale et l’imposition de conditions de vie susceptibles d’entraîner la destruction physique totale ou partielle du groupe palestinien. Elle a également ordonné de prévenir et de punir l’incitation directe et publique au génocide.

Les déclarations appelant à la destruction de Gaza, à priver sa population d’espoir, à la pousser à l’émigration ou à rétablir les colonies israéliennes revêtent une importance accrue lorsqu’elles émanent de responsables disposant d’un pouvoir effectif sur les politiques de l’État ou sur l’administration civile et sécuritaire dans le territoire palestinien occupé.

Le Centre souligne que la répétition d’un discours visant le maintien des Palestiniens sur leur terre et présentant leur présence comme un problème à éliminer ou à faire disparaître constitue un indicateur particulièrement préoccupant de l’intention destructrice et de l’environnement dans lequel pourraient être commis des actes interdits par la Convention sur le génocide.

En Cisjordanie, le même danger se manifeste à travers les appels à l’imposition de la souveraineté israélienne, l’expansion des colonies et l’annexion de vastes territoires, parallèlement à la réduction de la présence palestinienne. En septembre 2025, Smotrich avait présenté une carte visant à placer la majeure partie de la Cisjordanie sous souveraineté israélienne, tout en excluant certaines grandes concentrations palestiniennes, sous le slogan d’« un maximum de territoire et un minimum de Palestiniens ».

Le Centre avertit que considérer la présence palestinienne comme une variable démographique à réduire ou à éliminer constitue un déni du droit à l’autodétermination et porte directement atteinte à l’unité du territoire palestinien et au droit du peuple palestinien à établir son État. La poursuite de l’annexion de fait ou de droit des territoires occupés ne crée aucun droit à la souveraineté au regard du droit international.

Le Centre relève en outre que cette escalade intervient à l’approche des élections israéliennes, transformant les droits palestiniens et le sort de millions de civils en instruments de surenchère politique au sein de la coalition gouvernementale et entre les partis de droite.

Il souligne le lien manifeste entre le discours en faveur de la colonisation à Gaza et la campagne électorale ainsi que la recherche d’un soutien accru auprès de l’électorat de droite. Certaines déclarations relatives à l’annexion et au déplacement des Palestiniens ont également été formulées dans un contexte de recherche de popularité et de consolidation du soutien de la base politique israélienne.

Les droits fondamentaux du peuple palestinien ne sauraient constituer une monnaie électorale ni un instrument de compétition partisane en Israël. Transformer les appels au déplacement forcé, à l’annexion et à la colonisation en slogans électoraux ne leur confère aucune légitimité juridique et n’exonère ni leurs auteurs ni ceux qui les mettent en œuvre de leur responsabilité.

Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme appelle la communauté internationale à agir d’urgence pour empêcher toute mesure visant au déplacement forcé ou permanent des Palestiniens de la bande de Gaza ou de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est.

Il appelle les États parties à la Convention sur le génocide à respecter leurs obligations de prévention du crime et à engager la responsabilité des personnes qui incitent à sa commission ou contribuent à créer les conditions propices à sa réalisation.

Le Centre exhorte également les États entretenant des relations politiques ou militaires avec Israël à utiliser leur influence pour mettre fin à toute mesure visant à modifier la composition démographique des territoires palestiniens occupés ou à y imposer la souveraineté israélienne.

Il appelle enfin les Nations unies et leurs États membres à rejeter toute tentative de transformer le déplacement provoqué par la guerre en une réalité permanente ou de présenter « l’émigration » comme une solution politique aux souffrances des Palestiniens. Il réaffirme la nécessité de protéger le droit des Palestiniens à rester sur leur terre, de préserver les conditions essentielles à leur vie et d’empêcher que la destruction, le déplacement et le blocus ne soient utilisés comme instruments de transformation démographique et politique de la bande de Gaza et de la Cisjordanie.

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