Le Centre de Gaza pour les droits de l’Homme appelle à une intervention urgente et tient Israël, le Conseil de la paix et le Comité national pour la gestion de Gaza responsables
Gaza – Le Centre de Gaza pour les droits de l’Homme exprime sa vive inquiétude face aux inondations qui ont touché des dizaines de tentes de personnes déplacées dans plusieurs zones de la bande de Gaza, à la suite des fortes pluies provoquées par une dépression atmosphérique. Cet épisode met une nouvelle fois en évidence les conditions de vie dramatiques de centaines de milliers de Palestiniens, contraints de passer l’hiver dans des abris délabrés, incapables de les protéger du froid, de la pluie et du vent, plus de trois ans après le début de la guerre génocidaire menée par Israël.
Des tentes ont notamment été inondées aux abords du port de Gaza, à l’ouest de Deir al-Balah, au nord du camp de Nousseirat ainsi que dans les zones de Jabalia et Beit Lahia. Ces incidents ne constituent pas de simples conséquences des intempéries. Ils résultent d’une crise prolongée du logement, provoquée par la destruction massive des habitations et les déplacements forcés, aggravée par les restrictions israéliennes à l’entrée des matériaux d’abri et de réparation.
Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), environ 294 250 familles ont besoin d’une aide au logement pour affronter l’hiver, alors que les stocks disponibles ne permettent de couvrir, même partiellement, que les besoins de 52 000 familles, soit environ 18 % du total. Près de 1,98 million de personnes ont besoin d’une aide en matière d’abri et de biens non alimentaires. Plus de la moitié des tentes et structures temporaires évaluées sont dans un état mauvais ou très mauvais.
Les risques dépassent largement les seuls sites déjà inondés. Environ 950 000 Palestiniens vivent dans des sites de déplacement exposés à un risque moyen ou élevé d’inondation, dont plus de 400 000 dans des zones à haut risque. Par ailleurs, des milliers de personnes occupent des bâtiments endommagés qui menacent de s’effondrer sous l’effet des pluies et des vents.
Le Centre souligne que la responsabilité première de cette situation incombe à Israël, en tant que puissance occupante. La destruction des logements et des infrastructures, les déplacements forcés, les restrictions au retour des habitants et les entraves à l’entrée des matériaux nécessaires à l’hébergement et à la réparation des habitations prolongent délibérément la crise du déplacement et privent les familles de toute possibilité de retrouver des conditions de vie sûres.
En vertu du droit international humanitaire, Israël est tenu de protéger la population civile et de faciliter l’acheminement rapide et sans entrave de l’aide humanitaire. Cette obligation comprend l’accès aux tentes, aux matériaux de construction et de réparation ainsi qu’aux équipements indispensables à l’assainissement et à l’évacuation des eaux pluviales. Les besoins humanitaires fondamentaux ne peuvent être soumis à des considérations politiques ou à des restrictions arbitraires.
Le Centre appelle le Comité national pour la gestion de Gaza à assumer ses responsabilités et à engager immédiatement des mesures d’urgence. Il lui demande d’identifier les familles les plus exposées, d’évacuer celles qui vivent dans les zones inondables et les bâtiments menaçant de s’effondrer, de leur fournir des solutions d’hébergement sûres et de mettre en place un plan hivernal transparent, assorti de priorités et de moyens d’intervention clairement définis.
Le Centre souligne que les contraintes politiques et opérationnelles ne sauraient justifier l’absence de mesures réalisables pour protéger la population. La gestion de la crise doit se traduire par des interventions concrètes et immédiates, et non par la seule administration des besoins humanitaires.
Le Centre tient également le Conseil de la paix responsable de l’insuffisance des efforts visant à garantir un hébergement digne et une protection minimale aux habitants de Gaza. Il l’appelle à mobiliser son influence dans les arrangements concernant le territoire afin de lever les obstacles à l’entrée de l’aide et des matériaux indispensables, et de garantir les financements et les ressources nécessaires à un plan global d’hébergement. Aucun arrangement politique ou administratif ne peut se substituer à une réponse concrète aux besoins fondamentaux de la population.
Le Centre met en garde contre les conséquences particulièrement graves de cette situation pour les enfants, les nourrissons, les personnes âgées, les malades et les personnes handicapées, exposés au froid, aux inondations et à l’absence de moyens de chauffage et de protection. La répétition de ces catastrophes entraîne également la perte des couvertures, des matelas et des maigres biens des familles, les contraignant parfois à de nouveaux déplacements.
Le Centre appelle la communauté internationale, les Nations unies et les organisations humanitaires à exercer une pression urgente sur Israël pour permettre l’entrée immédiate et sans entrave de quantités suffisantes de tentes résistantes, de bâches, de matériaux d’isolation, de moyens de chauffage, d’abris préfabriqués et de matériaux de réparation. Il demande également l’acheminement des équipements nécessaires au pompage des eaux, à la réparation des réseaux d’assainissement et à la prévention des inondations.
Il insiste sur la nécessité de transférer les familles vivant dans les zones dangereuses vers des lieux sûrs, de mettre à leur disposition des centres d’hébergement répondant aux normes minimales de santé, de sécurité et de dignité, et de lancer des interventions immédiates pour évacuer les eaux accumulées dans les sites de déplacement.
Enfin, le Centre affirme que le maintien de centaines de milliers de Palestiniens dans des abris insalubres et précaires, alors que les risques hivernaux sont connus et que les mêmes catastrophes se répètent, ne saurait être considéré comme une simple défaillance de l’aide humanitaire. Les politiques et les restrictions qui entretiennent ces conditions doivent faire l’objet de mesures de responsabilité et de reddition de comptes.
La protection des civils ne peut être différée ni soumise à des marchandages. Le droit à un abri sûr n’est ni une faveur ni une aide saisonnière, mais un droit fondamental et une obligation juridique.



