Gaza – Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme exprime sa profonde inquiétude face à la recrudescence des attaques perpétrées par des milices armées créées par Israël et bénéficiant de sa protection et de son implantation dans les zones qu’il contrôle à l’est de la bande de Gaza. Ces groupes multiplient les incursions et les enlèvements de civils et de personnes déplacées, dans le cadre d’un schéma récurrent visant à imposer leur contrôle sur la population, à la terroriser et à compromettre sa sécurité.
Dans un communiqué publié lundi, le Centre indique que des hommes armés appartenant à ces milices ont fait irruption, tôt dans la matinée du 2 novembre 2026, dans un camp de déplacés situé près du rond-point Abou Hamid, au centre de Khan Younès, et enlevé plusieurs habitants. L’opération s’est déroulée sous la couverture des tirs des forces d’occupation israéliennes et de bombes et de tirs provenant de drones israéliens de type « quadricoptère » visant les environs du camp, illustrant le degré de coordination et de soutien dont bénéficient ces groupes.
Cette attaque s’inscrit dans une série d’incidents similaires survenus dans la bande de Gaza, marqués par des incursions dans des zones de rassemblement de civils et de déplacés, des tirs contre la population et des tentatives d’enlèvement, suivis de l’intervention des forces d’occupation pour assurer la couverture militaire et sécuriser les déplacements ou le retrait de ces milices.
Le dernier incident de ce type remonte à l’aube du lundi 26 octobre 2026, lorsqu’un groupe de ces milices s’est infiltré dans le sud de Khan Younès avant d’être repéré. Des avions israéliens ont alors frappé les tentes de déplacés du parc régional et de la zone du puits 19, dans la région d’Al-Mawasi, à Khan Younès, à l’aide de plusieurs missiles. Ces frappes ont coïncidé avec des tirs des milices et des forces d’occupation déployées dans les zones dites « jaunes » au sud-ouest de la ville, en direction des tentes.
L’attaque a fait trois morts, dont une fillette de sept ans, Jouri Islam Mohammad Al-Soufi, ainsi que Hossam Fakhri Mohammad Al-Zamli, 21 ans, et Tamer Saifeddine Mohammad Abou Snaymeh, 24 ans. Plusieurs autres personnes ont été blessées, dont une fillette dans un état critique.
Le Centre souligne que les attaques contre les camps de déplacés, qui abritent des civils contraints de fuir leurs maisons sous les bombardements et les destructions, constituent une grave violation des obligations de protection des civils prévues par le droit international humanitaire. Elles aggravent les risques auxquels ces personnes sont exposées, dans un contexte d’absence d’abris sûrs et de restrictions persistantes à leur liberté de mouvement.
Le Centre exprime également sa vive inquiétude quant au sort des personnes enlevées et aux risques de torture, de traitements cruels, inhumains ou dégradants auxquels elles pourraient être exposées, en l’absence de garanties juridiques et de contrôle indépendant des lieux de détention, alors que le sort de plusieurs personnes détenues par ces groupes demeure inconnu.
Le Centre rappelle avoir documenté, dans des témoignages antérieurs, des pratiques particulièrement brutales de torture et de mauvais traitements infligées à des détenus par ces milices, notamment des violences physiques, des humiliations et des menaces, faisant craindre que les personnes récemment enlevées ne subissent des pratiques similaires.
Les vidéos diffusées par les membres de ces milices eux-mêmes soulèvent également de graves préoccupations. Elles montrent des actes de torture et d’humiliation infligés à des détenus, y compris à des membres de ces groupes, apparemment à titre de punition lorsqu’ils sont soupçonnés de vouloir se retirer ou retourner dans les zones de la bande de Gaza. Le Centre souligne que de telles pratiques, si elles sont établies, constituent de graves violations du droit à l’intégrité physique et à la dignité humaine et ne sauraient être justifiées par aucune circonstance.
Le Centre souligne que la création de milices armées opérant en dehors de tout cadre légal et bénéficiant de la protection de la puissance occupante ne dégage pas Israël de ses responsabilités juridiques. Elle engage au contraire sa responsabilité pour les actes commis par ces groupes dans les zones placées sous son contrôle effectif, ainsi que pour le soutien, la protection et l’appui militaire qu’il leur fournit.
Le Centre estime que l’utilisation de ces milices pour poursuivre, enlever et terroriser la population s’inscrit dans un schéma plus large de coercition et de violence visant à vider de leurs habitants les zones placées sous contrôle israélien, ce qui exige une enquête internationale sérieuse et une véritable mise en œuvre de la responsabilité pénale.
Il tient les autorités israéliennes responsables des crimes et violations commis par ces milices contre les civils, notamment les meurtres, les enlèvements, la torture et les autres formes de traitements cruels ou dégradants, dès lors qu’il est établi que ces actes sont liés au soutien, aux directives ou à la protection fournis par les forces d’occupation, ou à leur manquement à les prévenir et à en poursuivre les auteurs alors qu’elles en avaient la capacité.
Le Centre rappelle que la responsabilité pénale individuelle demeure engagée pour toute personne ayant participé à ces crimes, les ayant ordonnés ou ayant contribué à leur commission. Il souligne que la protection accordée à des groupes armés ou leur utilisation pour commettre des actes illégaux ne leur confère aucune immunité contre les poursuites.
En conséquence, le Centre de Gaza pour les droits de l’homme demande :
- La révélation immédiate du sort de toutes les personnes enlevées et des lieux où elles sont détenues, ainsi que leur libération, avec des garanties de protection de leur intégrité physique et psychologique.
- L’ouverture d’une enquête indépendante et effective sur l’attaque contre le camp de déplacés à Khan Younès et sur les précédents meurtres et enlèvements attribués à ces milices, ainsi que la poursuite de tous les responsables.
- L’obligation faite à Israël et aux autres parties concernées de mettre fin au soutien, à la protection et à l’appui accordés aux milices armées ciblant les civils, ainsi qu’à leur utilisation pour mener des attaques et des enlèvements dans la bande de Gaza.



