Gaza – Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme exprime sa profonde inquiétude face à la dégradation rapide du secteur des transports dans la bande de Gaza, en raison du blocus israélien persistant et de l’interdiction délibérée d’introduire des pièces détachées, des huiles moteur, des pneumatiques et des équipements de maintenance mécanique, au motif qu’ils seraient classés parmi les prétendus « biens à double usage ».
Dans un communiqué publié dimanche, le Centre indique que ces restrictions ont entraîné la mise hors service totale ou partielle d’environ 70 % des véhicules civils, selon les données officielles disponibles dans la bande de Gaza. Les pertes directes subies par le secteur des transports sont, quant à elles, estimées à 2,8 milliards de dollars depuis le début de la guerre.
Le Centre souligne que l’interdiction des huiles et des pièces détachées touche directement le fonctionnement de nombreux services essentiels à la survie de la population, notamment les hôpitaux, les ambulances, les services de défense civile, les puits d’eau, les stations d’assainissement, les boulangeries et les camions humanitaires. Cette politique s’inscrit dans la continuité du blocus imposé depuis le 7 octobre 2023 et maintenu malgré l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre 2025.
Les ambulances et les véhicules de la défense civile figurent parmi les plus durement touchés. Un nombre important d’entre eux sont désormais hors service en raison de l’usure des moteurs et des systèmes de refroidissement ainsi que de l’épuisement des huiles nécessaires à leur fonctionnement. Selon les données du Bureau des médias du gouvernement à Gaza, 211 ambulances et 23 véhicules de la défense civile avaient été attaqués jusqu’à la fin de 2025, aggravant encore la fragilité du système de secours.
Le Centre avertit que la mise hors service d’une seule ambulance peut suffire à retarder l’évacuation d’un blessé et entraîner une perte de vie irréversible dans un contexte où les bombardements et les victimes continuent.
La crise affecte également directement la vie quotidienne des habitants. Hamada Al-Sayed, 33 ans, explique passer de longues heures à chercher un moyen de transport pour se rendre à son travail et être souvent contraint de parcourir de longues distances à pied en raison du manque de véhicules opérationnels.
Abdel Aziz Ahmad, 36 ans, dont le véhicule personnel est immobilisé depuis plusieurs mois, indique que le coût des réparations dépasse désormais sa valeur marchande, l’obligeant à renoncer définitivement à son utilisation.
De son côté, Saeed Shorrob, 45 ans, décrit les difficultés liées à la pénurie de pneumatiques et d’huiles moteur, qui transforme l’entretien et même l’utilisation quotidienne d’un véhicule en une charge considérable pour les conducteurs comme pour les passagers.
Le Centre alerte également sur la flambée des prix des pièces détachées et des véhicules. Dans certains cas, le prix d’un seul bidon d’huile moteur atteindrait 3 500 dollars. Avant la guerre, plus de 800 camions entraient quotidiennement dans la bande de Gaza. Aujourd’hui, les restrictions imposées au commerce et aux importations paralysent pratiquement l’approvisionnement, alors que les forces israéliennes contrôlent environ 70 % d’un territoire largement dévasté.
Le Centre met en garde contre les conséquences de cette situation sur les services d’eau et d’assainissement. La pénurie de pièces détachées et d’huiles risque notamment de provoquer l’arrêt des stations de dessalement et des pompes d’évacuation des eaux usées, aggravant ainsi les risques sanitaires et environnementaux. Les boulangeries sont elles aussi confrontées à des difficultés croissantes en raison de la nécessité d’entretenir régulièrement leurs équipements.
Le Centre rappelle qu’UNICEF avait déjà alerté sur le fait que la pénurie aiguë de pneumatiques, d’huiles minérales et de pièces détachées constituait une menace directe pour la continuité des services essentiels, notamment dans les secteurs de l’eau, de l’assainissement et de l’aide humanitaire.
Pour le Centre de Gaza pour les droits de l’homme, l’interdiction systématique des pièces détachées et des huiles moteur ne peut être dissociée de la politique plus large de blocus imposée depuis près de trois ans et qui touche progressivement tous les moyens nécessaires au maintien des conditions minimales de vie à Gaza, de la nourriture et des médicaments au carburant, aux transports et aux équipements de maintenance.
Le Centre estime que cette politique doit être examinée au regard des obligations découlant du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme, ainsi que de l’article II de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, notamment en ce qui concerne l’imposition délibérée de conditions de vie susceptibles d’entraîner la destruction physique d’un groupe en le privant des moyens indispensables à sa survie.
Le Centre souligne que l’accumulation de ces politiques converge vers un même objectif : rendre la bande de Gaza impropre à la vie humaine et créer les conditions d’un déplacement forcé de sa population.
Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme appelle la communauté internationale, les Nations unies et le Conseil de sécurité à intervenir de toute urgence afin d’obtenir la levée des restrictions imposées à l’entrée des pièces détachées, des huiles moteur, des pneumatiques et des équipements de maintenance dans la bande de Gaza, qui constituent des fournitures essentielles à la survie de la population et ne sauraient être arbitrairement assimilées à des biens à double usage.
Il appelle également les États parties à la Convention sur le génocide à respecter leur obligation de prévenir la commission de ce crime et demande à la Cour pénale internationale d’examiner les restrictions imposées aux moyens de transport et aux capacités de secours dans le cadre de ses enquêtes sur les crimes commis dans la bande de Gaza.
Le Centre avertit enfin que la poursuite de ces restrictions entraînera inévitablement de nouvelles pertes humaines qui pourraient être évitées.



