Gaza – Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme a fermement condamné les déclarations répétées du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qui révèlent une intention déclarée et explicite de déplacer la population palestinienne de la bande de Gaza et de la soumettre à des politiques génocidaires. Ces déclarations interviennent alors que l’agression militaire israélienne contre la bande de Gaza entre dans son 1 044e jour depuis le 7 octobre 2023, après avoir fait des dizaines de milliers de morts, des centaines de milliers de blessés et causé des destructions massives touchant la quasi-totalité des infrastructures civiles.
Dans un communiqué publié ce dimanche, le Centre a indiqué avoir suivi avec une profonde indignation les déclarations de Ben Gvir lors d’une interview accordée au podcast « October 8 », au cours de laquelle il a appelé à mener des frappes aériennes israéliennes nocturnes sur la bande de Gaza, affirmant qu’Israël pouvait « éliminer 30, 40 ou 50 terroristes » chaque nuit. Au cours de l’entretien, il a déclaré à propos de personnes vivant à Gaza qu’elles « n’ont pas besoin de vivre », qu’elles « ne sont pas des êtres humains » et qu’il leur faisait une faveur en les qualifiant d’êtres humains. Ben Gvir a également appelé à occuper l’ensemble du territoire de Gaza, à pousser sa population à émigrer et à bombarder Beyrouth.
Le Centre a souligné que ces propos s’inscrivent dans une série de déclarations publiques successives faites par Ben Gvir au cours des derniers mois. Elles relèvent toutes d’une même logique fondée sur l’appel explicite à « encourager l’émigration » forcée des habitants de Gaza, à « coloniser » l’ensemble de la bande et à poursuivre le génocide. En juillet 2026, lors d’un événement public lié à la colonisation, Ben Gvir a déclaré que la colonisation juive s’étendrait à l’ensemble de Gaza, ajoutant une formule qui résume la logique d’appropriation de son discours : « Gaza nous appartient », selon CNN.
Le Centre a rappelé que ces déclarations s’inscrivent dans la continuité des appels précédemment lancés par le même ministre depuis 2024 en faveur de l’occupation totale de la bande de Gaza et de « l’émigration volontaire » de sa population. Il est même allé jusqu’à déclarer qu’il serait personnellement heureux de vivre dans une colonie à Gaza après que le territoire aurait été vidé de ses habitants.
Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme a également souligné que les discours de Ben Gvir ne se limitent pas à la question de la colonisation. Ils comportent aussi des appels explicites au meurtre et à la vengeance collective. En décembre 2025, Ben Gvir et des députés de son parti ont porté des épingles représentant des cordes de pendaison lors d’une réunion de la commission de la sécurité nationale de la Knesset, en soutien à un projet de loi visant à imposer la peine de mort aux prisonniers palestiniens. Cette scène constituait une célébration publique de la mort. Il a renouvelé ce geste lors de sa récente interview. En mars 2026, Ben Gvir est également apparu dans une vidéo tournée dans un musée présentant des instruments historiques d’exécution, dans laquelle il menaçait ouvertement d’appliquer la peine de mort à ceux qu’il qualifiait de « terroristes ». En juin 2026, alors que l’escalade militaire s’intensifiait au Liban, Ben Gvir a appelé à ce que « tout le Liban brûle », une déclaration qui constitue un élément supplémentaire révélant le caractère exterminateur du discours désormais récurrent chez de hauts responsables israéliens à l’égard des Palestiniens et des Arabes.
Le Centre de Gaza a souligné que l’appel public de Ben Gvir à mener des frappes nocturnes sur Gaza susceptibles de tuer « 30, 40 ou 50 Palestiniens à chaque fois » prend une dimension supplémentaire lorsqu’il est confronté au bilan réel des victimes du génocide sur le terrain. Le nombre cumulé de Palestiniens tués par Israël depuis le 7 octobre 2023 jusqu’à la date du présent communiqué s’élève à 73 391 morts, auxquels s’ajoutent 174 280 blessés documentés, soit une moyenne cumulée d’environ 70 morts et 167 blessés par jour sur 1 044 jours de guerre génocidaire.
Le Centre a précisé qu’indépendamment des fortes variations entre les périodes d’intensification militaire et les périodes d’accalmie relative ou de cessez-le-feu fragiles ayant contribué à réduire cette moyenne générale, ce bilan montre que ce que Ben Gvir présente comme un « plafond » de victimes visées par les opérations nocturnes ne s’écarte pas, dans les faits, du bilan produit par la machine de guerre israélienne durant près de trois années. Ses déclarations constituent ainsi davantage la description publique d’une politique déjà mise en œuvre qu’un simple appel à la violence détaché de la réalité du terrain.
Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme a insisté sur le fait que ce mode de discours, récurrent et en constante escalade, émanant d’un ministre détenant des pouvoirs effectifs sur la police, la colonisation et la sécurité intérieure, constitue un élément d’un discours officiel fournissant des indices supplémentaires quant à « l’intention spécifique » de détruire les Palestiniens en tant que groupe national, élément moral requis par l’article II de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide.
Le Centre a rappelé que la Cour internationale de Justice avait déjà conclu, dans son ordonnance de janvier 2024, à la plausibilité de la commission par Israël d’actes relevant du champ d’application de la Convention sur le génocide et avait ordonné des mesures conservatoires imposant à Israël de prévenir et de réprimer tout acte relevant de cette Convention.
Le Centre a également souligné que les déclarations publiques de hauts responsables gouvernementaux israéliens appelant à commettre des actes génocidaires ou incitant à leur commission relèvent du crime d’« incitation directe et publique à commettre le génocide », prévu à l’article 25(3)(e) du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Il s’agit d’un crime distinct de la commission effective de l’acte génocidaire et dont l’établissement repose notamment sur la preuve de l’intention, du caractère public de l’incitation et de son orientation directe vers un public déterminé. Le Centre considère que les déclarations répétées de Ben Gvir, par leurs appels explicites au déplacement forcé, à la colonisation et à la vengeance collective, répondent à ces critères juridiques.
Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme appelle la communauté internationale ainsi que les États parties à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide à respecter leurs obligations juridiques découlant de l’article premier de la Convention, qui leur impose une obligation individuelle et collective de prévenir la commission du génocide partout où existe un risque sérieux qu’il se produise. Cela doit notamment passer par l’adoption de sanctions ciblées contre les responsables tenant des propos incitatifs et par la cessation de toute forme de soutien militaire ou politique susceptible d’être utilisée pour traduire ces menaces dans la réalité.
Le Centre appelle également la Procureure de la Cour pénale internationale à intégrer ces déclarations aux éléments du dossier de l’enquête en cours sur la situation en Palestine, en tant qu’indices supplémentaires de l’intention criminelle spécifique accompagnant les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité documentés par les organisations locales et internationales de défense des droits de l’homme dans la bande de Gaza depuis plus de trois ans.



