Le blocus israélien des fournitures médicales aggrave l’effondrement du système de santé à Gaza

Gaza – Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme a mis en garde contre la poursuite par les autorités israéliennes des restrictions imposées à l’entrée des fournitures et équipements médicaux dans la bande de Gaza, une politique qui compromet gravement le droit à la santé et met en danger la vie de milliers de patients, notamment ceux souffrant de maladies cardiaques et les patients nécessitant des soins dentaires.

Le Centre a indiqué que l’interdiction d’introduire de nombreux équipements et consommables médicaux, classés arbitrairement comme biens à « double usage », constitue une politique systématique visant à paralyser le système de santé. Alors que l’attention médiatique se concentre sur l’entrée limitée de certaines marchandises de consommation, les équipements indispensables aux interventions vitales – notamment les chirurgies cardiaques, les cathétérismes, les stents ainsi que les soins dentaires – continuent d’être bloqués.

Le Centre souligne que les services de santé bucco-dentaire sont proches de l’effondrement. Selon les données de l’Organisation mondiale de la Santé, près de 84 % des établissements de santé de Gaza ont été endommagés ou détruits depuis le début de la guerre. À Khan Younès, où vivent plusieurs centaines de milliers d’habitants, une seule clinique publique dentaire et deux centres de l’UNRWA restent opérationnels, auxquels s’ajoutent quelques cabinets privés fonctionnant de manière très limitée.

Les autorités israéliennes continuent d’empêcher l’entrée de nombreux matériaux et équipements destinés exclusivement aux soins dentaires sous prétexte de leur prétendu « double usage ». Cette politique a entraîné une hausse considérable du coût des traitements les plus simples, rendant les soins inaccessibles pour la majorité de la population et contraignant les praticiens à privilégier les extractions plutôt que les traitements conservateurs. Les pénuries d’électricité et de carburant empêchent également une stérilisation adéquate du matériel, augmentant le risque de complications et d’infections.

Le Centre ajoute que cette crise est aggravée par la destruction des infrastructures sanitaires et universitaires, ainsi que par la mort et les blessures subies par de nombreux chirurgiens-dentistes et étudiants en médecine, compromettant durablement la capacité du secteur à assurer les soins.

« Les cris des dentistes de Gaza ne sont entendus que par leurs patients. Leur souffrance reste largement absente de l’attention médiatique internationale, alors qu’elle porte directement atteinte au droit à la santé et à la dignité humaine », a déclaré le Centre.

La situation est encore plus critique pour les patients cardiaques. Avant la guerre, les principaux hôpitaux de Gaza réalisaient entre cinq et huit cathétérismes cardiaques par jour. Aujourd’hui, seules deux ou trois interventions d’urgence peuvent être pratiquées quotidiennement. Selon des cardiologues de Gaza, près de 80 % des procédures programmées ont été suspendues en raison de la pénurie de stents et de ballonnets médicaux, exposant directement les patients à un risque vital. Les difficultés d’accès aux médicaments nécessaires après ces interventions aggravent encore leur état, tandis que les restrictions imposées aux évacuations médicales privent les cas les plus graves de leur dernier recours thérapeutique.

Le Centre rappelle que cette crise s’inscrit dans une politique plus large de restriction de l’aide médicale. Depuis le début de la guerre, seule une faible proportion des cargaisons médicales a été autorisée à entrer dans Gaza. Des organisations internationales, dont Médecins Sans Frontières, ont également signalé des interruptions prolongées dans l’acheminement des fournitures médicales essentielles, compromettant la prise en charge des maladies chroniques. La destruction de plusieurs unités de production d’oxygène et l’interdiction d’importer les pièces nécessaires à leur réparation menacent également la continuité de l’approvisionnement en oxygène pour les patients et les nouveau-nés.

Le Centre considère que le refus délibéré d’autoriser l’entrée des équipements et consommables médicaux constitue une violation flagrante du droit international humanitaire, en particulier de la Quatrième Convention de Genève, qui impose à la puissance occupante de garantir l’approvisionnement médical de la population civile. L’utilisation du blocus médical comme moyen de soumettre la population civile ou de lui infliger des souffrances constitue un crime de guerre engageant la responsabilité pénale internationale. Cette politique s’inscrit également dans un ensemble de mesures visant à rendre la vie impossible dans la bande de Gaza et participe à la destruction du groupe palestinien dans le cadre du crime de génocide.

Le Centre avertit que présenter l’entrée limitée de certaines denrées alimentaires comme un signe d’amélioration de la situation humanitaire masque la réalité de l’effondrement du système de santé. Les patients n’ont pas besoin d’une aide symbolique, mais de médicaments, d’équipements et de consommables permettant aux équipes médicales de sauver des vies.

Enfin, le Centre appelle l’Organisation mondiale de la Santé, le Comité international de la Croix-Rouge, les Nations Unies et l’ensemble des États à agir de toute urgence afin d’obtenir l’ouverture d’un corridor médical sûr et permanent permettant l’entrée sans restriction des médicaments, équipements et fournitures médicales, avec une priorité accordée aux services de cardiologie, de soins intensifs, de chirurgie, de dialyse et de médecine dentaire. Il appelle également les médias, les organisations de défense des droits humains, les syndicats médicaux et les acteurs de la société civile à mettre en lumière cette crise humanitaire largement ignorée, rappelant que le maintien des restrictions sur les fournitures médicales est aussi destructeur que les attaques visant les infrastructures de santé elles-mêmes.

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