Gaza – 6/10/2025
Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme a exprimé sa profonde inquiétude face à la récente initiative consistant à établir un hôpital de campagne américain dans la zone de Mouraj, au nord de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, une zone entièrement sous contrôle militaire israélien. Cette inquiétude est renforcée par le manque de transparence concernant la nature réelle de cet hôpital, sa fonction véritable, ainsi que les entités qui le supervisent et le financent.
Le Centre a déclaré dans un communiqué, ce lundi, qu’il suit avec inquiétude les informations concernant le projet de l’association Samaritan’s Purse visant à établir un hôpital de campagne dans une zone entièrement sous contrôle militaire israélien à Rafah. Cet hôpital comprendrait 80 lits et serait dirigé par des médecins américains, canadiens et européens. L’association chercherait également à recruter des médecins palestiniens de la bande de Gaza, en leur garantissant des salaires et un logement.
Le communiqué précise que le matériel de l’hôpital, dont l’établissement se fait en coordination américano-israélienne, devrait arriver à la mi-octobre.
Le Centre a mis en garde contre le risque que cet hôpital devienne un nouvel instrument de chantage politique et humanitaire, ou se transforme en une plateforme utilisée pour contrôler la vie des patients palestiniens, à l’instar de ce qui s’est produit avec l’« Organisation humanitaire de Gaza », créée par Israël pour superviser les centres de distribution d’aide dans des zones dangereuses sous contrôle israélien, et qui s’est révélée par la suite être une couverture pour des opérations de meurtre et de ciblage systématique de civils palestiniens, ainsi que pour orchestrer la famine.
Le Centre a souligné que l’établissement de toute installation médicale dans des zones dangereuses, entièrement sous contrôle militaire israélien, ne peut être dissocié du système de domination exercé par les autorités d’occupation sur les services humanitaires et médicaux. Cela inclut le contrôle de l’entrée des médicaments et de la nourriture, ainsi que l’évacuation des patients pour des soins à l’étranger.
Ces autorités conditionnent les services humanitaires à des exigences injustes, les détournant ainsi de leur vocation humanitaire et transformant l’action médicale et humanitaire en un outil de contrôle et de chantage, en violation des normes relatives aux droits de l’homme. Cette situation en fait un nouvel instrument dans le cadre du génocide continu mené contre les Palestiniens dans la bande de Gaza.
Le centre a souligné que ce qu’on appelle « l’hôpital américain » pourrait être utilisé comme un instrument de pression politique ou comme un outil pour embellir l’image de l’occupation, alors même que ses forces continuent de détruire les hôpitaux palestiniens et de priver des milliers de patients de soins, y compris des malades du cancer qui courent un risque de décès en raison de la rupture des médicaments et de l’effondrement complet du système de santé.
Il a rappelé qu’Israël a détruit ou mis hors service 38 hôpitaux dans la bande de Gaza, ainsi que 96 centres de soins de santé qui ont été bombardés, détruits ou rendus inopérants par les forces israéliennes, en soulignant que tout effort humanitaire devrait se concentrer sur la réhabilitation de ces hôpitaux, leur remise en service et l’approvisionnement en équipements et en médicaments, y compris 20 hôpitaux qui ont été complètement mis hors service au cours des deux derniers mois à cause de l’opération « Gédéon 2 » menée par Israël dans le but de détruire Gaza et d’en vider la population.
Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme a également exprimé sa crainte que l’hôpital ne se transforme en outil militaire ou de renseignement sous couvert humanitaire, surtout en l’absence de toute surveillance indépendante ou de garanties pour la protection des patients et du personnel, ce qui soulève de réelles inquiétudes quant à son utilisation pour recueillir des informations ou piéger les blessés et les malades. Cela rappelle le rôle meurtrier joué par « l’Organisation humanitaire de Gaza », qui a été utilisée comme un piège mortel pour les civils, causant la mort de 2 605 Palestiniens autour des points qu’elle avait établis, ainsi que plus de 19 124 autres blessés, sans compter des dizaines de personnes disparues ou arrêtées.
Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme a souligné que la création de l’hôpital dans une zone sous contrôle israélien, alors que la guerre et le blocus se poursuivent, ne peut constituer une véritable initiative humanitaire que si le blocus est complètement levé, que les hôpitaux palestiniens sont remis en service et qu’un environnement médical sûr et neutre est garanti sous la supervision d’organisations internationales indépendantes et crédibles.
Le centre a appelé les Nations unies, les organisations internationales et le Comité international de la Croix-Rouge à vérifier la nature des activités de l’hôpital américain et à veiller à ce qu’il ne soit pas utilisé à des fins politiques, sécuritaires ou de propagande. Il a également demandé que toute partie impliquée dans la transformation de l’aide médicale en instrument de guerre ou de chantage contre la population civile soit tenue pour responsable.
Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme a réaffirmé que toute véritable intervention humanitaire à Gaza doit partir du respect du droit international humanitaire et du droit des Palestiniens à la vie, à la dignité et aux soins de santé, loin de toute forme d’exploitation, de domination ou d’instrumentalisation militaire et économique de leur souffrance.



