Je suis Mohammed Nassif Ali Abou Al-Omraneen, né le 18 novembre 2008, résident de la bande de Gaza. Je présente ce témoignage en ma qualité de survivant unique de ma famille, afin de relater ce que j’ai subi et ce dont j’ai été témoin de mes propres yeux, tel que cela s’est réellement produit, en pleine conscience et de mon plein gré, sans aucune pression ni contrainte, et ce à des fins de documentation juridique et humanitaire.
Comme l’ensemble des habitants de la bande de Gaza, j’ai subi les effets de cette guerre qui n’a épargné ni les enfants ni les personnes âgées, ni fait de distinction entre civils et autres. Toutefois, ce que j’ai traversé compte parmi les épreuves les plus dures, puisque j’ai perdu toute ma famille.
Ma famille se composait de six personnes : mon père Nassif, ma mère Manal, mes deux frères Bakr et Basel, ma sœur Lana, et moi-même. Je suis devenu le seul survivant après leur martyre à tous.
J’étais l’aîné de mes frères et sœurs. Nous étions déplacés et vivions dans la maison de mon grand-père maternel, située dans le projet Beit Lahia, à proximité de l’hôpital Kamal Adwan, après avoir perdu notre domicile initial dans la zone de la Sécurité générale en raison de l’intensification des opérations militaires.
En raison des incendies de maisons perpétrés par les forces d’occupation dans la zone lors d’une période antérieure de la guerre, nous nous réfugiions dans les dépendances de la maison.
À l’aube du 6 décembre 2024, vers cinq heures du matin, nous avons été réveillés par un appel diffusé par haut-parleurs par le docteur Hossam Abou Safiya, invitant les habitants se trouvant à l’intérieur et aux abords de l’hôpital Kamal Adwan à se diriger immédiatement vers la cour de l’hôpital, en réponse à une demande de l’armée.
Nous avons répondu à cet appel et quitté la maison. Nous faisions partie des premiers voisins à partir et nous nous sommes éloignés des abords de l’hôpital d’environ dix mètres, tandis que l’annonce se répétait :
« Évacuation, évacuation. Toute personne se trouvant à l’intérieur ou à proximité de l’hôpital est priée d’évacuer immédiatement et de se rendre dans la cour de l’hôpital. »
Lors de notre sortie, nous avons été directement pris pour cible par un missile tiré depuis un drone de reconnaissance. Mon père se tenait à la porte du premier abri, tandis que je me trouvais à la porte du second. La distance qui me séparait de ma famille ne dépassait pas un mètre.
J’ai été blessé, tandis que tous les membres de ma famille ont été tués sur le coup.
Après avoir été blessé, personne n’a pu m’atteindre pour me porter secours. Je me suis donc rendu seul à l’hôpital Kamal Adwan, malgré des blessures causées par des éclats répartis sur différentes parties de mon corps.
Les dépouilles des membres de ma famille n’ont pu être atteintes qu’environ quatre heures plus tard. Elles ont alors été transférées à l’hôpital et enterrées provisoirement sur un terrain adjacent, avant d’être réinhumées six mois plus tard dans un cimetière officiel.
Mon oncle maternel se trouvait avec moi sur les lieux, mais il n’a pas pu se rendre à l’hôpital en raison de la gravité de ses blessures. Là encore, personne n’a pu l’atteindre avant environ quatre heures.
À l’hôpital, j’ai souffert d’un manque aigu de fournitures médicales indispensables aux soins, avant d’être transféré par les équipes du Croissant-Rouge vers l’hôpital Al-Shifa afin de poursuivre ma prise en charge médicale.
Mon père était chirurgien-dentiste et ma mère technicienne spécialisée en analyses médicales. Durant la période de la guerre, mon père s’est porté volontaire pour travailler dans les hôpitaux de la bande de Gaza.
Quant à moi, je vis actuellement déplacé dans une tente au sein du centre d’hébergement d’Asdoud. Depuis le martyre de mes parents, qui prenaient entièrement en charge mes dépenses, je ne dispose plus d’aucune source de revenus.

Le père de Mohammed
Mes parents se sont toujours attachés à m’élever correctement et m’ont encouragé, dès mon plus jeune âge, à mémoriser le Coran. Ils ont également accordé une grande importance à ma réussite scolaire ainsi qu’à celle de mes frères et sœurs. J’ai achevé la mémorisation du Coran à un âge précoce et j’ai été premier de ma classe en neuvième année à l’échelle de la bande de Gaza.
Je reconnais et affirme que le contenu de ce témoignage reflète la vérité de ce que j’ai vécu et de ce dont j’ai été témoin personnellement. J’en fais déclaration en toute conscience et de mon plein gré, sans pression ni contrainte, dans un but de documentation juridique et humanitaire.



